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Exposition "Maputo " , du 16 octobre  au 17 novembre 2019 à la galerie de l'Atelier 111, Marseille 07. Vernissage le 16 octobre à 18h30.


Thibaud Yevnine est natif du Var, il vit et travaille à Marseille

Il enseigne en tant que professeur  de Français , et depuis 2007 participe à de nombreuses expositions dont le festival de la photographie d'Aix en provence, les nuits photographiques  de Pierrevert,  les rencontres d'Arles Off, la 8ème biennale de photographie de Condroz (Belgique) ,  a exposé à la Galerie Thierry Bigaignon (Paris), à  la Galerie Maupetit librairie Actes sud (marseille),à  la Galerie Le Percolateur (Marseille).

Un livre sur la série Maputo, aux éditions Filigranes, Editions d'artistes - Photographie et Ecritures - Art contemporain.,   est prévu pour 2020.


"Je suis arrivé à Maputo en 2011. C’est une grande ville, Maputo, et je venais de la campagne, d’un jardin vaste et parfumé dans le Var.

Je suis arrivé là, dans cette ville, sans bien savoir pourquoi j’y venais.

Je voulais partir de France, aller loin, découvrir autre chose. Mais je ne savais pas quoi.

Autour de moi des immeubles croupis dans l’humidité, beaucoup, ils barrent l’horizon.

Ca fait comme un sentiment d’angoisse, surtout quand on quitte un lieu apaisé, un jardin, la pinède, les odeurs des plantes et les animaux.

Ici à Maputo, l’inverse : bitume défonçé, poubelles qui brûlent le soir pour désengranger la ville, 4x4 qui foncent en trombe…

Dans cette terre étrangère il m’est impossible de photographier ; dès que je sors mon appareil je me sens traversé par les regards, par eux possédés jusqu’au malaise.

Je suis ici pour neuf mois ; mon moyen de partir loin c’est un stage de fin d’étude dans un institut des langues mozambicain : j’enseigne le français à des jeunes d’une vingtaine d’années. Ils vivent en marge de Maputo, ils se lèvent à cinq heures pour mes cours qui commencent à sept.

Photographier devient possible avec un téléphone portable ; un vieux téléphone, avec du grain et un temps de latence au déclenchement. En 2011 ce type d’appareil passe inaperçu. Je gagne en invisibilité.

Je marche beaucoup. Je photographie sans cesse, je ne m’arrête quasiment jamais pour cadrer, je laisse venir et faire dans le mouvement de la marche, mouvement qui devient celui d’une danse.

Dans Maputo, danser. Le poids des immeubles, du bruit, de l’éloignement des repères, deviendrait intenable sans cet appui du mouvement et de la photographie.

Maputo, capitale du Mozambique. Pays inconnu du reste du monde. Enclavé dans la corne Est de l’Afrique.

L’Afrique Australe : des journées très chaudes, et des nuits qui quelquefois peuvent être fraiches.

Une saison des mangues. Des litchis en décembre. Peu de pluies.

Je cherchais des animaux par naïveté. Tous mangés pendant les vingts années de guerre civile, commencée au lendemain de l’indépendance envers le Portugal.

Je voyais quelques fois sur des affiches publicitaires des éléphants. Pour des ventes d’eau-de-vie.

Les Mozambicains sont pudiques. Les amitiés difficiles, mettent du temps. Probablement comme toute amitié valable.

D’une manière générale ça a pris du temps pour que je puisse voir la ville comme elle était, pour que je puisse accepter, rencontrer, aimer aussi.

Il a fallu trouver de l’espace, venu lentement, autour de soi, autour des corps, des autres, des odeurs et des couleurs, autour des rues et des sons dans les rues, indispensable espace pour respirer, voir, comprendre.

Mais une fois cet espace rencontré, cet air respiré, les choses étaient faites, et c’en était trop tard : Maputo en moi était déjà inoubliable." Thibaud Yevnine



Thibaud YEVNINE